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Programmer un requiem, c'est offrir au public l'une des expériences musicales les plus intenses qui existent. Depuis le Moyen Âge, la messe des morts a inspiré des pages orchestrales et chorales d'une puissance dramatique incomparable. Certains requiems font trembler les murs d'une cathédrale. D'autres enveloppent l'auditeur dans un silence recueilli, presque irréel. Quelques-uns réinventent complètement la forme et bousculent les conventions liturgiques.
Mais devant la richesse du répertoire, le choix peut paraître écrasant. Quel requiem convient à une chorale de trente choristes amateurs ? Lequel exige un orchestre symphonique complet ? Quel niveau vocal faut-il pour aborder le Confutatis de Verdi ou la fugue du Kyrie de Mozart ? Ce classement des dix plus grands requiems pour chorale vous donne les clés pour choisir l'oeuvre qui correspond à votre ensemble, à vos ambitions et à votre public.
Qu'est-ce qu'un requiem ?
Le requiem est une messe des morts dans la tradition catholique romaine. Son nom vient du premier mot du texte d'entrée : "Requiem aeternam dona eis, Domine" (Donne-leur le repos éternel, Seigneur). À la différence d'une messe ordinaire, le requiem supprime le Gloria et le Credo, jugés trop joyeux pour une célébration funéraire, et les remplace par des textes propres à la liturgie des défunts.
La structure liturgique traditionnelle comprend l'Introitus (Requiem aeternam), le Kyrie, la Séquence (Dies irae), l'Offertoire (Domine Jesu Christe), le Sanctus, le Benedictus, l'Agnus Dei, la Communion (Lux aeterna) et le Libera me. Tous les compositeurs ne mettent pas l'ensemble de ces textes en musique. Fauré supprime le Dies irae. Brahms abandonne le latin au profit de textes bibliques en allemand. Britten intercale des poèmes anglais entre les sections liturgiques. La forme du requiem a toujours été un cadre souple, que chaque époque et chaque créateur a modelé selon sa sensibilité.
La séquence Dies irae est le passage le plus célèbre. Ce poème médiéval attribué à Thomas de Celano décrit le Jugement dernier en dix-huit strophes d'une violence visuelle saisissante : le feu, la trompette, le livre où sont inscrits les péchés, la confusion des damnés. Les compositeurs découpent généralement cette séquence en plusieurs mouvements contrastés. Mozart en tire six mouvements. Verdi en fait une fresque quasi opératique. L'article consacré à la musique sacrée pour chorale détaille ces formes liturgiques et leur évolution à travers les siècles.
Qu'est-ce qu'un requiem ? : en détail
Le Lacrimosa, qui clôt la séquence, est souvent le moment le plus émouvant de l'oeuvre. Le Pie Jesu, prière pour le repos des âmes, a donné naissance à des mélodies d'une beauté saisissante chez Fauré et Duruflé. Le Libera me, absent de la messe ordinaire, est un répons chanté lors de l'absoute, la prière finale devant le cercueil. Verdi et Fauré en ont fait des pages d'une intensité dramatique considérable.
1. Requiem en ré mineur KV 626 - Mozart (1791)
Le Requiem de Mozart est l'oeuvre chorale la plus jouée au monde. Composé dans les dernières semaines de la vie du compositeur, laissé inachevé à sa mort le 5 décembre 1791, complété par son élève Franz Xaver Süssmayr, il incarne le mystère et la perfection brisée. La commande venait du comte Walsegg-Stuppach, qui voulait une messe des morts à la mémoire de son épouse.

Musicalement, le Requiem KV 626 mêle l'héritage du baroque tardif (fugues rigoureuses héritées de Bach et Haendel) à la sensibilité dramatique du classicisme viennois. Le Kyrie est une double fugue d'une maîtrise vertigineuse. Le Dies irae explose en gammes descendantes de doubles croches. Le Confutatis oppose la fureur des basses et des ténors à la supplication lumineuse des sopranos et des altos. Le Lacrimosa, dont seules huit mesures sont de la main de Mozart, reste l'un des passages les plus bouleversants de toute la musique occidentale. L'analyse du Requiem de Mozart KV 626 mouvement par mouvement révèle les choix d'écriture qui rendent cette oeuvre si exigeante et si bouleversante.
Difficulté : avancé. La double fugue du Kyrie exige une indépendance vocale solide dans chaque pupitre. Les vocalises rapides du Dies irae demandent de l'agilité. Les sopranos montent au la4, les ténors au la3.
Tessiture et classification vocale
Effectifs : 4 solistes (SATB), choeur mixte SATB, orchestre (cordes, 2 cors de basset, 2 bassons, 2 trompettes, 3 trombones, timbales, orgue). Durée : environ 50 minutes.
Conseil pratique : commencez par le Kyrie et le Confutatis, les deux mouvements les plus exigeants. Si votre choeur les maîtrise, le reste suivra. L'édition Bärenreiter (Beyer) est la référence pour la version Süssmayr.
2. Requiem - Verdi (1874)
Giuseppe Verdi compose son Requiem en mémoire d'Alessandro Manzoni, le grand romancier italien, mort en mai 1873. La première a lieu à l'église San Marco de Milan le 22 mai 1874, un an jour pour jour après la disparition de Manzoni. L'oeuvre fait scandale. Le chef Hans von Bülow la qualifie d'"opéra en habits ecclésiastiques". Brahms, après l'avoir étudiée, déclare que seul un génie pouvait l'écrire.
Le Requiem de Verdi est effectivement le plus théâtral de tous. Le Dies irae surgit comme un coup de tonnerre orchestral, avec la grosse caisse, les cuivres déchaînés et le choeur qui hurle sa terreur. Le Tuba mirum fait sonner les trompettes depuis les quatre coins de la salle. Le Libera me se termine par une fugue chorale d'une difficulté redoutable. Mais l'oeuvre contient aussi des pages d'une douceur infinie : le Lux aeterna pour trois solistes, l'Agnus Dei où soprano et mezzo-soprano chantent en octaves sur un tapis de cordes.
Difficulté : avancé. Les nuances extrêmes (du pppp au ffff) demandent un contrôle vocal exceptionnel. La fugue du Libera me est l'un des passages les plus ardus du répertoire choral. Les tessitures sont tendues : les sopranos montent au si4, les ténors au si3. Travailler sa tessiture vocale en amont est indispensable pour aborder cette partition sereinement.
2. Requiem - Verdi (1874) : en détail
Effectifs : 4 solistes (SATB), choeur mixte SATB, grand orchestre symphonique (bois par 3, 4 cors, 4 trompettes dont 4 en coulisses, 3 trombones, ophicléide, timbales, grosse caisse, cordes). Durée : environ 85 minutes.
Conseil pratique : le Requiem de Verdi n'est accessible qu'aux choeurs expérimentés disposant d'un orchestre symphonique complet. Prévoyez au moins six mois de préparation. Le Dies irae revient quatre fois dans l'oeuvre : travaillez-le en priorité.
3. Ein deutsches Requiem - Brahms (1868)
Johannes Brahms rompt avec la tradition en écrivant un requiem en allemand, sur des textes qu'il a lui-même sélectionnés dans la Bible de Luther. Pas de Dies irae. Pas de latin. Pas de liturgie catholique. Le titre est explicite : "Un Requiem allemand pour ceux qui sont en deuil". L'oeuvre s'adresse aux vivants, pas aux morts. Elle console plutôt qu'elle ne terrifie.
Brahms compose l'essentiel de l'oeuvre entre 1865 et 1868, dans le sillage de la mort de sa mère en 1865 et de celle de Robert Schumann en 1856. La première complète a lieu à la cathédrale de Brême le 10 avril 1868. Le succès est immédiat. Le Deutsches Requiem établit la réputation de Brahms en Europe et reste aujourd'hui l'une des plus grandes oeuvres chorales jamais composées.
L'écriture chorale est d'une richesse polyphonique considérable. Le premier mouvement, "Selig sind, die da Leid tragen" (Heureux ceux qui souffrent), avance dans une atmosphère de deuil apaisé, sans violons, avec des altos et des violoncelles qui donnent une couleur sombre et chaude. Le troisième mouvement culmine dans une fugue monumentale sur "Der Gerechten Seelen sind in Gottes Hand" (Les âmes des justes sont dans la main de Dieu). Le sixième mouvement, "Denn wir haben hie keine bleibende Statt" (Car nous n'avons pas ici de cité permanente), contient une autre fugue grandiose.
Difficulté
Difficulté : avancé. Les fugues des mouvements 3 et 6 sont techniquement exigeantes. Le texte allemand requiert une diction soignée. Les nuances pianissimo du premier mouvement demandent un contrôle du souffle impeccable. Une bonne maîtrise de la respiration diaphragmatique est essentielle pour tenir les longues phrases de Brahms.
Effectifs : 2 solistes (soprano, baryton), choeur mixte SATB, orchestre symphonique (bois par 2, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, tuba, timbales, harpe, cordes). Durée : environ 70 minutes.
Conseil pratique : le premier et le quatrième mouvement sont les plus accessibles. Commencez par ceux-là pour installer la confiance du choeur avant d'aborder les fugues. La prononciation allemande mérite un travail spécifique en répétition.
4. Requiem en ré mineur op. 48 - Fauré (1890)
Gabriel Fauré compose son Requiem entre 1887 et 1890, sans commande extérieure et sans deuil particulier à honorer. "Mon Requiem a été composé pour rien, pour le plaisir, si j'ose dire", déclare-t-il. L'oeuvre est créée à l'église de la Madeleine à Paris le 16 janvier 1888, dans une première version pour petit effectif. Fauré la révise et l'étoffe jusqu'en 1900.

Le Requiem de Fauré est l'antithèse de celui de Verdi. Pas de Dies irae. Pas de terreur du Jugement dernier. Pas de violence orchestrale. Fauré supprime volontairement la séquence et compose une messe des morts d'une sérénité lumineuse, centrée sur le repos et la consolation. "On a dit que mon Requiem n'exprimait pas l'effroi de la mort. C'est ainsi que je la sens : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d'au-delà, plutôt que comme un passage douloureux."
L'Introitus et le Kyrie s'enchaînent dans un balancement hypnotique. L'Offertoire alterne entre choeur et baryton solo. Le Sanctus est un des passages les plus célèbres du répertoire choral français : les voix de femmes planent sur un tapis de cordes et de harpe, tandis que le violon solo dessine une mélodie d'une pureté absolue. Le Pie Jesu est confié au soprano solo, dans une simplicité mélodique qui touche au dépouillement. Le Libera me, ajouté tardivement, est le seul mouvement dramatique de l'oeuvre. L'In Paradisum final est un chef-d'oeuvre de transparence sonore, avec les sopranos du choeur qui chantent "In paradisum deducant te angeli" (Que les anges te conduisent au paradis) sur des arpèges de harpe et d'orgue.
Difficulté : intermédiaire
Difficulté : intermédiaire. L'écriture vocale est mélodique, sans fugues complexes. Les difficultés résident dans les nuances pianissimo, le legato soutenu et l'intonation des harmonies modales de Fauré. C'est un excellent premier requiem pour une chorale qui maîtrise déjà quelques pièces de répertoire SATB.
Effectifs : 2 solistes (soprano, baryton), choeur mixte SATB (version originale de 1893 : orchestre réduit avec orgue, harpe, timbales, cordes ; version de 1900 : orchestre complet avec bois et cors). Durée : environ 35 minutes.
Conseil pratique : privilégiez la version de 1893 pour orchestre réduit si votre budget est limité. Le Requiem de Fauré sonne magnifiquement avec un petit ensemble. Travaillez le Sanctus en priorité : c'est le mouvement qui plaît le plus au public et qui installe la sonorité de l'oeuvre.
5. Requiem op. 9 - Duruflé (1947)
Maurice Duruflé met plus de dix ans à écrire son Requiem. Commencé vers 1941, achevé en 1947, l'oeuvre est créée le 2 novembre 1947 à Paris, sous la direction de Roger Désormière. Duruflé, organiste titulaire de Saint-Étienne-du-Mont, est un perfectionniste qui publie très peu. Le Requiem op. 9 est sa partition la plus célèbre, et l'une des dernières grandes oeuvres du répertoire sacré français.
L'originalité du Requiem de Duruflé tient à son utilisation systématique du chant grégorien. Chaque mouvement est construit sur les mélodies grégoriennes authentiques de la messe des morts. Duruflé ne cite pas le grégorien : il le prend comme matériau de base et le développe dans un langage harmonique hérité de Fauré et de Debussy. Le résultat est une oeuvre d'une cohérence sonore extraordinaire, à la fois archaïque et moderne, enracinée dans la tradition et d'une sensibilité très personnelle.
L'Introitus baigne dans une atmosphère modale et recueillie. Le Domine Jesu Christe est le mouvement le plus dramatique, avec des éclats orchestraux qui rappellent Ravel. Le Sanctus est d'une simplicité dépouillée. Le Pie Jesu, confié à la mezzo-soprano solo, est d'une beauté à couper le souffle. L'In Paradisum final rejoint celui de Fauré dans la lumière et la transparence.
Difficulté : intermédiaire à avancé
Difficulté : intermédiaire à avancé. L'écriture modale de Duruflé déroute les choristes habitués à la tonalité classique. L'intonation des accords à vide (quintes et quartes parallèles) demande une oreille fine. Les passages a cappella exigent une justesse irréprochable. Un travail préalable sur les relations entre tonalités aide à comprendre les couleurs harmoniques de l'oeuvre.
Effectifs : 2 solistes (mezzo-soprano, baryton), choeur mixte SATB, orchestre (version orchestrale complète, version avec orgue et petit orchestre, version orgue seul). Durée : environ 40 minutes.
Conseil pratique : la version pour orgue seul est parfaitement viable et beaucoup moins coûteuse. Si votre chorale n'a jamais abordé de musique modale, commencez par le Sanctus et le Pie Jesu, qui sont les mouvements les plus accessibles. Faites écouter des enregistrements de chant grégorien au choeur avant d'entamer le travail.
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6. War Requiem - Britten (1962)
Benjamin Britten compose le War Requiem pour la consécration de la nouvelle cathédrale de Coventry, reconstruite après les bombardements allemands de 1940. La première a lieu le 30 mai 1962. L'oeuvre est dédiée à quatre amis de Britten morts pendant les deux guerres mondiales. Britten prévoit trois solistes : un ténor anglais (Peter Pears), un baryton allemand (Dietrich Fischer-Dieskau) et une soprano russe (Galina Vichnevskaïa). Un geste de réconciliation par la musique.
La structure du War Requiem est unique. Britten superpose deux plans sonores et littéraires. Le texte liturgique latin est chanté par le choeur mixte, le choeur d'enfants et la soprano solo, accompagnés par le grand orchestre. Les poèmes de Wilfred Owen, jeune poète anglais tué une semaine avant l'armistice de 1918, sont chantés par le ténor et le baryton, accompagnés par un orchestre de chambre. Les deux plans se croisent, se répondent, se contredisent. Le latin parle de l'éternité. Les poèmes d'Owen parlent de la boue, du gaz, de l'absurdité de la guerre. Cette dialectique donne à l'oeuvre une tension émotionnelle unique dans le répertoire.
Difficulté : avancé. L'écriture vocale de Britten est exigeante : intervalles dissonants, rythmes irréguliers, passages a cappella tendus. Le choeur d'enfants chante en latin, souvent à l'unisson, mais dans des tessitures élevées. Les exercices d'échauffement vocal habituels ne suffisent pas : il faut travailler spécifiquement l'intonation des intervalles augmentés et diminués.
6. War Requiem - Britten (1962 : en détail
Effectifs : 3 solistes (soprano, ténor, baryton), choeur mixte SATB, choeur d'enfants, grand orchestre symphonique, orchestre de chambre, orgue. Durée : environ 85 minutes.
Conseil pratique : le War Requiem est un projet de grande envergure qui mobilise des forces considérables. Il convient à un choeur d'au moins 80 choristes expérimentés, associé à un orchestre professionnel ou semi-professionnel. L'Agnus Dei (mouvement 5) est le plus accessible pour commencer le déchiffrage.
7. Requiem en ut mineur - Cherubini (1816)
Luigi Cherubini compose son Requiem en ut mineur en 1816, à la mémoire de Louis XVI. L'oeuvre est créée le 21 janvier 1817 à l'abbaye de Saint-Denis, lors de la cérémonie commémorative du roi guillotiné. Beethoven considérait Cherubini comme le plus grand compositeur vivant de son époque. Berlioz, pourtant avare en compliments, qualifie ce Requiem de "chef-d'oeuvre" dans ses Mémoires. Brahms le tenait en haute estime.
Le Requiem de Cherubini est une oeuvre sobre, puissante, d'une architecture solide. L'écriture chorale est essentiellement homophonique, avec des passages fugués courts mais efficaces. Le Dies irae progresse par vagues successives, chaque strophe apportant une intensité nouvelle. Le Pie Jesu est d'une simplicité émouvante. Le choeur chante sans solistes, ce qui donne à l'oeuvre un caractère collectif et liturgique très marqué.
L'originalité de ce requiem réside dans l'absence totale de solistes vocaux. Tout est confié au choeur. Cette particularité en fait une oeuvre de choix pour les ensembles qui ne disposent pas de chanteurs solistes de niveau professionnel. Les plus grandes oeuvres chorales de l'histoire comptent le Requiem de Cherubini parmi les monuments injustement méconnus du répertoire.
7. Requiem en ut mineur - Cher : en détail
Difficulté : intermédiaire. L'écriture est plus horizontale que chez Mozart, les fugues sont moins complexes, les tessitures restent raisonnables. Les difficultés principales sont les nuances (Cherubini écrit des crescendos progressifs qui exigent un contrôle collectif) et la diction du latin.
Effectifs : choeur mixte SATB (pas de solistes), orchestre classique (bois par 2, 2 cors, 2 trompettes, 3 trombones, timbales, tam-tam, cordes). Durée : environ 45 minutes.
Conseil pratique : c'est un excellent choix pour un choeur intermédiaire qui veut aborder un requiem classique sans la complexité de Mozart ou la puissance de Verdi. Le Graduale et l'Offertoire sont les mouvements les plus accessibles pour démarrer.
8. Requiem op. 89 - Dvorak (1890)
Antonin Dvorak compose son Requiem op. 89 en 1890 pour le festival de Birmingham en Angleterre, où il est joué pour la première fois le 9 octobre 1891 sous la direction du compositeur. L'oeuvre s'inscrit dans la tradition des grandes oeuvres chorales-orchestrales que les festivals anglais commandaient aux compositeurs européens. Haendel avait ouvert la voie avec ses oratorios. Mendelssohn avait triomphé à Birmingham avec Elijah en 1846. Le guide consacré au Messie de Haendel retrace cette tradition des festivals chorals britanniques.

Le Requiem de Dvorak est une oeuvre généreuse, lyrique, d'un romantisme chaleureux. L'écriture mélodique est caractéristique du style de Dvorak : des thèmes amples, chantants, empreints d'une sensibilité slave qui donne à l'oeuvre une couleur unique parmi les requiems du XIXe siècle. Le Graduale est un des plus beaux passages de musique chorale du romantisme tardif. Le Dies irae alterne épisodes dramatiques et moments de recueillement. Le Pie Jesu est confié au soprano solo, dans une mélodie d'une tendresse remarquable.
Difficulté : intermédiaire à avancé. L'écriture vocale est mélodique mais les tessitures sont parfois tendues, en particulier pour les sopranos. Les passages fugués sont moins complexes que chez Mozart ou Brahms. La principale difficulté réside dans la longueur de l'oeuvre et l'endurance vocale qu'elle exige.
Effectifs
Effectifs : 4 solistes (SATB), choeur mixte SATB, orchestre symphonique (bois par 3, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, tuba, timbales, cordes). Durée : environ 90 minutes.
Conseil pratique : la durée est le défi principal. Prévoyez un programme de concert avec un entracte. Commencez le travail par le Graduale et le Pie Jesu, qui sont les mouvements les plus mélodiques et les plus gratifiants pour le choeur. L'oeuvre est rarement programmée en France, ce qui en fait un choix original qui surprendra votre public.
9. Requiem - Ligeti (1965)
György Ligeti compose son Requiem entre 1963 et 1965, dans la foulée de ses expériences sonores les plus radicales (Atmosphères, Lux Aeterna). L'oeuvre est créée à Stockholm le 14 mars 1965. Stanley Kubrick utilisera des extraits de Lux Aeterna et du Requiem dans 2001, l'Odyssée de l'espace (1968), ce qui donnera à la musique de Ligeti une notoriété inattendue auprès du grand public.
Le Requiem de Ligeti ne ressemble à aucun autre. L'écriture est micropolyphonique : des dizaines de voix indépendantes se superposent dans des textures mouvantes, des clusters qui enflent et se dissolvent, des masses sonores qui semblent vivantes. L'Introitus est un murmure qui émerge du silence. Le Kyrie est une fugue à vingt voix réelles, d'une complexité vertigineuse. Le Dies Irae explose en cris, en souffles, en sons à la limite du bruit. Le Lacrimosa se dissout dans un silence glaçant.
C'est une oeuvre qui redéfinit la notion même de chant choral. Les choristes ne chantent plus des mélodies : ils produisent des textures, des couleurs, des densités. L'expérience est aussi physique qu'intellectuelle. Pour les choristes qui veulent comprendre les fondements de l'écriture à plusieurs voix avant d'aborder Ligeti, la polyphonie vocale traditionnelle (imitation, canon, fugue) constitue le socle technique indispensable avant d'aborder ces textures contemporaines.
Difficulté : extrêmement avancé
Difficulté : extrêmement avancé. Le Requiem de Ligeti est l'une des partitions les plus difficiles jamais écrites pour choeur. L'intonation des micro-intervalles, l'indépendance rythmique de chaque voix, les divisions en 20 parties réelles exigent un ensemble d'un niveau professionnel ou semi-professionnel. Ce n'est pas une oeuvre pour choeur amateur.
Effectifs : 2 solistes (soprano, mezzo-soprano), choeur mixte à 20 voix réelles (5 sopranos, 5 altos, 5 ténors, 5 basses), grand orchestre. Durée : environ 25 minutes.
Conseil pratique : si vous dirigez un choeur amateur, le Requiem de Ligeti n'est pas à votre portée. Mais Lux Aeterna (1966), pour 16 voix a cappella, est un peu plus accessible et constitue une porte d'entrée vers l'univers sonore de Ligeti. Programmez-le en complément d'un autre requiem pour créer un contraste saisissant.
10. Requiem - John Rutter (1985)
John Rutter compose son Requiem en 1985, à la mémoire de son père. L'oeuvre est créée le 13 octobre 1985 à Dallas. Rutter, ancien directeur musical du Clare College de Cambridge, est l'un des compositeurs choraux les plus joués dans le monde anglophone. Son Requiem est devenu un classique des chorales amateurs et universitaires.
Rutter ne suit pas la liturgie traditionnelle. Il sélectionne sept textes : l'Introitus (Requiem aeternam), l'hymne médiévale Out of the deep (en anglais), le Pie Jesu, le Sanctus, l'Agnus Dei, un psaume (The Lord is my shepherd, chanté en anglais) et le Lux aeterna. Le mélange de latin et d'anglais, de tradition liturgique et de lyrisme personnel, donne à l'oeuvre un caractère accessible et émotionnellement direct.
L'écriture musicale de Rutter est mélodique, consonante, d'une élégance qui rappelle Fauré sans le mystère harmonique. Le Pie Jesu, confié au soprano solo, est devenu l'un des morceaux les plus enregistrés de la musique chorale contemporaine. Le Sanctus est lumineux et joyeux. Le Lux aeterna final enveloppe l'auditeur dans une sérénité douce. Pour les ensembles qui cherchent d'autres oeuvres accessibles à programmer en concert, l'organisation d'un concert de chorale comprend aussi le choix du programme, l'équilibre entre pièces connues et découvertes, et la gestion de l'entracte.
Difficulté : débutant à intermédiaire
Difficulté : débutant à intermédiaire. C'est le requiem le plus accessible de cette liste. L'écriture vocale est mélodique, les rythmes sont réguliers, les harmonies sont consonantes. Les parties chorales ne dépassent pas les tessitures confortables de chaque pupitre. Un choeur qui sait chanter en chorale depuis un ou deux ans peut l'aborder.
Effectifs : 1 soliste (soprano), choeur mixte SATB, orchestre de chambre (hautbois, cordes, harpe, timbales, glockenspiel, orgue) ou version pour orgue et petit ensemble. Durée : environ 40 minutes.
Conseil pratique : le Requiem de Rutter est le choix idéal pour une chorale qui veut programmer un requiem pour la première fois. La version pour orgue et petit ensemble réduit considérablement les coûts. Commencez par le Pie Jesu et le Sanctus, qui installeront rapidement la confiance du choeur.
Tableau comparatif des dix requiems
| Requiem | Année | Difficulté | Durée | Forces requises | Tonalité |
|---|---|---|---|---|---|
| Mozart KV 626 | 1791 | Avancé | ~50 min | 4 solistes, choeur SATB, orchestre classique | Ré mineur |
| Verdi | 1874 | Avancé | ~85 min | 4 solistes, choeur SATB, grand orchestre | Plusieurs tonalités |
| Brahms (Ein deutsches) | 1868 | Avancé | ~70 min | 2 solistes, choeur SATB, orchestre symphonique | Fa majeur |
| Fauré op. 48 | 1890 | Intermédiaire | ~35 min | 2 solistes, choeur SATB, orchestre réduit ou complet | Ré mineur |
| Duruflé op. 9 | 1947 | Intermédiaire à avancé | ~40 min | 2 solistes, choeur SATB, orchestre ou orgue seul | Modal (ré) |
| Britten (War Requiem) | 1962 | Avancé | ~85 min | 3 solistes, 2 choeurs, choeur d'enfants, 2 orchestres | Plusieurs tonalités |
| Cherubini | 1816 | Intermédiaire | ~45 min | Choeur SATB seul, orchestre classique | Ut mineur |
| Dvorak op. 89 | 1890 | Intermédiaire à avancé | ~90 min | 4 solistes, choeur SATB, orchestre symphonique | Si bémol mineur |
| Ligeti | 1965 | Extrêmement avancé | ~25 min | 2 solistes, choeur à 20 voix, grand orchestre | Atonale |
| Rutter | 1985 | Débutant à intermédiaire | ~40 min | 1 soliste, choeur SATB, orchestre de chambre ou orgue | Plusieurs tonalités |
Comment choisir le bon requiem pour sa chorale
Le choix d'un requiem dépend de plusieurs critères concrets. Le premier est le niveau vocal de votre ensemble. Si votre chorale réunit des choristes débutants ou de niveau intermédiaire, orientez-vous vers Rutter, Fauré ou Cherubini. Ces trois oeuvres sont mélodiques, les tessitures restent confortables, et les passages contrapuntiques ne dépassent pas ce qu'un choeur bien préparé peut gérer en quelques mois. En revanche, Mozart, Verdi, Brahms et Britten demandent un choeur aguerri, capable de tenir des fugues complexes et de gérer des nuances extrêmes. Ligeti est réservé aux ensembles professionnels.
Le deuxième critère est l'effectif instrumental. Le Requiem de Verdi exige un grand orchestre symphonique complet. Celui de Britten demande deux orchestres et un choeur d'enfants. À l'inverse, le Requiem de Fauré sonne magnifiquement avec un petit ensemble (orgue, harpe, timbales et cordes). Celui de Duruflé existe en version pour orgue seul. Le Requiem de Rutter fonctionne avec un orchestre de chambre réduit. Si votre budget est serré, le choix des forces instrumentales sera déterminant. Le budget d'une chorale doit prévoir entre 2 000 et 15 000 euros pour la location d'un orchestre, selon l'effectif instrumental requis.
Le troisième critère est la durée du programme. Un requiem de 35 minutes (Fauré) ne remplit pas une soirée de concert. Vous devrez prévoir une première partie avec d'autres oeuvres. Un requiem de 85-90 minutes (Verdi, Dvorak, Britten) constitue un programme complet, voire épuisant. Adaptez votre choix à la capacité d'endurance de votre choeur et à la patience de votre public. Les partitions chorales gratuites du domaine public permettent de constituer une première partie variée sans frais supplémentaires.
Comment choisir le bon requiem : en détail
Le quatrième critère est le goût de votre public et le contexte du concert. Un requiem programmé pour la Toussaint ou pour un concert commémoratif appelle une oeuvre recueillie (Fauré, Duruflé). Un concert de fin de saison dans une grande salle peut supporter la puissance de Verdi ou de Mozart. Un programme thématique sur la guerre ou la paix justifie le War Requiem de Britten. Un festival de musique contemporaine est l'occasion de tenter Ligeti.
Enfin, pensez au temps de préparation. Comptez trois mois minimum pour Fauré ou Rutter, quatre à cinq mois pour Mozart ou Cherubini, six mois ou plus pour Verdi, Brahms ou Britten. Ces délais supposent des répétitions hebdomadaires de deux heures. Si votre choeur ne répète qu'une heure et demie par semaine, rallongez d'un mois. Un bon échauffement vocal en début de répétition permet d'optimiser le temps de travail effectif.
Quel que soit le requiem que vous choisissez, quelques principes de préparation s'appliquent. Commencez par les mouvements les plus difficiles pour donner au choeur le temps de les assimiler. Travaillez les passages a cappella en répétition, même si l'oeuvre sera accompagnée en concert : c'est le meilleur moyen de vérifier la justesse harmonique. Faites écouter des enregistrements de référence à vos choristes pour qu'ils entendent l'oeuvre dans son ensemble avant de plonger dans le détail de leur partie. Et rappelez-vous qu'un requiem est avant tout un texte, une prière, une méditation sur la mort et l'espérance. La technique vocale est au service du sens. La musique doit parler.
Comment choisir le bon requiem : en pratique
Si vous découvrez le répertoire sacré et souhaitez élargir vos horizons au-delà du requiem, explorez les messes, les motets et les cantates dans le guide de la musique sacrée chorale. Pour les chorales qui préparent un premier grand projet orchestral, le guide du Messie de Haendel offre un point d'entrée plus accessible que la plupart des requiems. Et pour ceux qui veulent simplement programmer un concert de Noël avant de se lancer dans une messe des morts, il y a aussi de quoi faire. L'essentiel est de chanter, de progresser et de partager la musique.