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La polyphonie de la Renaissance reste, cinq siecles apres son age d'or, l'un des repertoires les plus fascinants pour les chorales. Des voix nues, sans accompagnement instrumental, tissent des lignes melodiques independantes qui s'entrecroisent, se repondent, fusionnent dans des accords d'une purete cristalline. Deux compositeurs incarnent mieux que tous les autres cet art exigeant : Giovanni Pierluigi da Palestrina, le maitre romain de l'equilibre et de la clarte, et Tomas Luis de Victoria, le mystique espagnol a l'intensite brulante.
Ces deux geants ont vecu a la meme epoque, dans la meme ville - Rome - et ont ecrit pour les memes institutions religieuses. Pourtant, leurs styles different profondement. Comprendre ce qui les rapproche et ce qui les separe, c'est saisir toute la richesse de la polyphonie Renaissance. C'est aussi decouvrir un repertoire choral d'une beaute intemporelle, accessible aux ensembles de niveau intermediaire comme aux choeurs les plus aguerris.
Ce guide vous propose un portrait croise de Palestrina et Victoria, une analyse de leurs oeuvres majeures, un panorama des autres maitres de la Renaissance, et des conseils pratiques pour aborder ce repertoire en chorale.
La Renaissance : l'age d'or de la polyphonie vocale
La Renaissance musicale couvre environ un siecle et demi, de 1450 a 1600. Cette periode voit l'ecriture polyphonique atteindre un degre de sophistication jamais egalee. Les compositeurs franco-flamands - Ockeghem, Josquin des Pres, puis Lassus - posent les fondations d'un art du contrepoint qui se diffuse dans toute l'Europe, de l'Italie a l'Angleterre, de l'Espagne a l'Allemagne.
Plusieurs facteurs expliquent cet essor. L'invention de l'imprimerie musicale par Ottaviano Petrucci en 1501 permet la diffusion des partitions a grande echelle. Les chapelles pontificales, royales et cathedrales rivalisent de prestige en recrutant les meilleurs chanteurs et compositeurs. Le Concile de Trente (1545-1563) reaffirme l'importance de la musique dans la liturgie catholique, tout en exigeant que le texte sacre reste intelligible. La musique sacree chorale trouve dans ce contexte un terrain d'experimentation ideal.
L'ecriture polyphonique de la Renaissance repose sur des principes precis. Chaque voix est une ligne melodique autonome, qui avance par mouvements conjoints ou par petits intervalles. Les dissonances sont preparees et resolues selon des regles strictes. Le rythme suit la prosodie du texte latin, avec une fluidite qui abolit la barre de mesure reguliere. Les modes grecs - dorien, phrygien, lydien, mixolydien - remplacent le systeme tonal majeur/mineur qui ne s'imposera qu'au XVIIe siecle.
Un idéal de clarté et d'équilibre vocal
Le resultat sonore est unique : une texture vocale d'une transparence remarquable, ou chaque voix reste perceptible tout en se fondant dans un ensemble homogene. C'est cet ideal de clarte et d'equilibre que Palestrina portera a son sommet.
Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594)
Ne dans la petite ville de Palestrina, a une quarantaine de kilometres de Rome, Giovanni Pierluigi adopte le nom de sa ville natale comme patronyme - une pratique courante a l'epoque. Il recoit sa formation musicale a Rome, dans la maitrise de la basilique Sainte-Marie-Majeure, et consacrera toute sa vie a la musique sacree romaine. Son catalogue est immense : plus de 104 messes, 375 motets, 68 offertoires, 35 Magnificat et des dizaines de madrigaux spirituels.

La legende du Concile de Trente et de la Missa Papae Marcelli
L'histoire la plus celebre associee a Palestrina est celle de la Missa Papae Marcelli (Messe du pape Marcel). La legende, propagee par le biographe Agostino Agazzari au XVIIe siecle, raconte que le Concile de Trente envisageait d'interdire toute polyphonie dans la liturgie, jugeant que la complexite du contrepoint rendait le texte sacre incomprehensible. Palestrina aurait alors compose cette messe a six voix pour demontrer qu'on pouvait ecrire une polyphonie elaboree tout en preservant la clarte du texte. Emerveilles, les cardinaux auraient renonce a leur projet d'interdiction.
La realite historique est plus nuancee. Le Concile de Trente n'a jamais formellement menace d'interdire la polyphonie. Ses decrets demandaient simplement que la musique liturgique evite les elements profanes et que les paroles restent comprehensibles. Mais la legende, meme exageree, pointe une verite essentielle : Palestrina a effectivement repondu a cette exigence de clarte mieux que quiconque. Sa Missa Papae Marcelli, probablement composee vers 1562, est une demonstration magistrale d'intelligibilite textuelle dans un cadre polyphonique complexe.
Connaître les plus grandes oeuvres chorales de l'histoire permet de situer cette messe dans le pantheon de la musique vocale. Elle y figure en bonne place, aux cotes des chefs-d'oeuvre de Bach, Mozart et Verdi.
Le style de Palestrina : clarte, equilibre et serenite
Le style de Palestrina est devenu un modele pedagogique. Des le XVIIe siecle, les traites de contrepoint s'appuient sur ses oeuvres pour enseigner les regles de l'ecriture vocale. Johann Joseph Fux, dans son Gradus ad Parnassum (1725), codifie le "style de Palestrina" en cinq especes de contrepoint qui servent encore aujourd'hui dans les conservatoires.
Les caracteristiques de ce style sont identifiables a l'oreille. Les lignes melodiques progressent par degres conjoints ou par tierces, rarement par intervalles plus grands. Les dissonances apparaissent uniquement sur les temps faibles, preparees par un mouvement conjoint et resolues par un mouvement descendant. Les cadences utilisent des formules previsibles qui donnent a l'auditeur un sentiment de stabilite et d'achevement. Le rythme de chaque voix suit les accents naturels du texte latin.
Le resultat est une musique d'une serenite lumineuse, depourvue de tensions dramatiques violentes. Palestrina ne cherche pas a emouvoir par le contraste ou la surprise : il construit des architectures sonores d'une perfection presque mathematique. Pour les choristes, chanter en polyphonie dans le style de Palestrina exige avant tout une ecoute permanente des autres voix et un sens aigu de la ligne melodique.
Les oeuvres chorales majeures (Missa Papae Marcelli, Stabat Mater, Sicut Cervus)
Missa Papae Marcelli - Ecrite a six voix (SATTBB), cette messe illustre la capacite de Palestrina a faire entendre chaque syllabe du texte malgre la densite de l'ecriture. Le Gloria et le Credo, qui contiennent les textes les plus longs, alternent passages homophoniques (toutes les voix ensemble, sur le meme rythme) et passages en imitation (chaque voix entre decalee sur le meme motif). La duree totale avoisine trente minutes. L'oeuvre demande un choeur d'au moins 24 chanteurs avec des basses solides capables de descendre au re grave.
Stabat Mater - Ce motet a huit voix en double choeur est l'une des pieces les plus expressives de Palestrina. Le texte, un poeme medieval decrivant la douleur de la Vierge au pied de la Croix, inspire au compositeur des harmonies plus sombres et plus chromatiques que dans ses messes. Les deux choeurs alternent et se reunissent dans des passages d'une puissance emotionnelle remarquable. La connaissance des intervalles musicaux est precieuse pour maitriser les entrees decalees des huit voix.
Sicut Cervus - Ce motet a quatre voix (SATB) est probablement la piece de Palestrina la plus chantee par les chorales amateurs. Le texte est le Psaume 42 : "Comme le cerf soupire apres l'eau vive, ainsi mon ame soupire apres toi, mon Dieu." L'ecriture en imitation est d'une limpidite exemplaire : chaque voix entre successivement sur le meme theme, creant un effet de vague sonore. La piece dure environ quatre minutes et convient a un choeur de niveau intermediaire.
Tomas Luis de Victoria (1548-1611)
Ne a Avila, en Castille, Tomas Luis de Victoria est le plus grand compositeur de la Renaissance espagnole et l'un des trois geants de la polyphonie sacree avec Palestrina et Lassus. Contrairement a Palestrina, qui a compose quelques madrigaux profanes, Victoria n'a ecrit que de la musique sacree. Cette exclusivite temoigne d'une vocation religieuse profonde : ordonne pretre en 1575, Victoria a toujours considere la composition comme un acte de devotion.
L'Espagnol de Rome : formation et carriere
Victoria arrive a Rome vers 1565, a l'age de dix-sept ans, pour etudier au Collegium Germanicum, un seminaire jesuite. Il y cotoie probablement Palestrina, qui enseigne dans des institutions voisines. Le jeune Espagnol absorbe la technique romaine du contrepoint, mais y infuse une sensibilite ibérique faite d'intensite emotionnelle et de ferveur mystique.
Sa carriere romaine dure une vingtaine d'annees. Il publie plusieurs recueils de motets, d'hymnes et de messes qui lui valent une reputation europeenne. En 1587, il est nomme chapelain de l'imperatrice Marie d'Autriche, soeur de Philippe II, au couvent des Descalzas Reales a Madrid. Il y restera jusqu'a sa mort en 1611, composant ses dernieres et plus belles oeuvres dans un cadre conventuel austere. La musique baroque qui emergeait alors en Italie ne l'a pas influence : Victoria est reste fidelement ancre dans le style Renaissance.
Le style de Victoria : intensite dramatique et ferveur mystique
Si Palestrina est l'architecte serein de la polyphonie, Victoria en est le poete passionne. Son ecriture respecte les memes regles de contrepoint que Palestrina, mais le resultat sonore est different. Les harmonies sont plus audacieuses, avec des chromatismes et des fausses relations qui creent des tensions inattendues. Les contrastes dynamiques sont plus marques. Les textures alternent plus brusquement entre passages homophoniques denses et lignes polyphoniques aerees.
Victoria utilise aussi plus volontiers la technique du "madrigalisme" sacre : la musique illustre le sens du texte. Sur le mot "crucifixus", les voix descendent chromatiquement. Sur "resurrexit", elles s'elevent dans un elan ascendant. Sur "mortem", le rythme ralentit et les harmonies s'assombrissent. Cette expressivite directe, presque theatrale, reflète la spiritualite espagnole du Siecle d'or, marquee par les ecrits de sainte Therese d'Avila et de saint Jean de la Croix.
Pour un choeur, chanter Victoria demande une palette dynamique plus large que pour Palestrina. Les techniques du chant a cappella sont essentielles : sans accompagnement instrumental, les choristes doivent creer eux-memes les contrastes d'intensite et de couleur vocale que la musique exige.
Les oeuvres chorales majeures (O Magnum Mysterium, Ave Maria, Officium Defunctorum)
O Magnum Mysterium - Ce motet a quatre voix (SATB), publie en 1572, est le chef-d'oeuvre le plus celebre de Victoria. Le texte evoque l'emerveillement devant le mystere de la Nativite : "O grand mystere et admirable sacrement, que des animaux aient vu le Seigneur nouveau-ne couche dans une creche." L'ecriture passe d'un recueillement initial presque murmure a une jubilation extatique sur le mot "Alleluia". La piece dure environ cinq minutes et convient a un choeur de niveau intermediaire. C'est un choix ideal pour un programme de Noel.
Ave Maria a quatre voix - Victoria a compose plusieurs Ave Maria. Le plus connu, a quatre voix, est d'une simplicite desarmante : les lignes melodiques sont courtes, les harmonies consonantes, le rythme suit naturellement la priere. Mais sous cette simplicite apparente se cache une maitrise absolue de la conduite des voix. Chaque enchainement d'accords semble inevitable, comme si aucune autre note n'etait possible. Une piece accessible des le niveau debutant, qui recompense par sa beaute chaque effort d'intonation.
Officium Defunctorum (1605) - L'Office des defunts, compose pour les funerailles de l'imperatrice Marie d'Autriche, est le testament musical de Victoria et son chef-d'oeuvre absolu. Ecrit a six voix, cet office complet comprend un Requiem, des repons, des lecons et un motet final (Versa est in luctum) d'une beaute dechirante. L'ecriture atteint ici un depouillement expressif qui annonce, par certains aspects, la musique du XXe siecle. L'oeuvre dure environ cinquante minutes et represente un defi majeur pour tout choeur qui l'entreprend.
Palestrina vs Victoria : deux approches de la polyphonie sacree
Comparer Palestrina et Victoria, ce n'est pas designer un vainqueur. C'est eclairer deux visions complementaires de la polyphonie sacree, deux temperaments artistiques qui ont atteint, chacun a sa maniere, la perfection dans leur domaine.

Palestrina privilegie l'equilibre architectural. Ses oeuvres se deploient avec une logique implacable, chaque section preparant la suivante, chaque dissonance resolue avec une elegance previsible. L'emotion nait de la beaute formelle elle-meme, de cette perfection technique qui semble transcender l'effort humain. Ecouter Palestrina, c'est contempler une cathedrale gothique : on admire la rigueur de la construction autant que la lumiere qui traverse les vitraux.
Victoria : l'expression intérieure et la ferveur
Victoria privilegie l'expression interieure. Ses oeuvres respirent, hesitent, s'enflamment, se recueillent. L'emotion est directe, presque physique. Les harmonies plus tendues creent des moments de tension qui rendent les resolutions d'autant plus belles. Ecouter Victoria, c'est entrer dans une chapelle castillane eclairee par des cierges : l'atmosphere est intimiste, fervente, brulante de devotion.
Sur le plan pratique, Palestrina est souvent considere comme plus difficile a chanter que Victoria. La raison est paradoxale : la regularite meme de son ecriture rend chaque erreur d'intonation immediatement audible. Les partitions SATB de Palestrina exigent une justesse collective irreprochable. Chez Victoria, les contrastes dramatiques offrent davantage de prises expressives aux chanteurs, et les chromatismes, bien que plus complexes sur le papier, sont souvent plus intuitifs a l'oreille.
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Les autres maitres de la Renaissance chorale (Josquin, Lassus, Byrd, Tallis)
Palestrina et Victoria ne sont pas les seuls geants de la polyphonie Renaissance. Quatre autres compositeurs meritent une place dans le repertoire de toute chorale serieuse.
Josquin des Pres (vers 1450-1521) est considere par beaucoup de musicologues comme le plus grand compositeur de la Renaissance, et peut-etre de tous les temps avant Bach. Ne dans le Hainaut (actuelle Belgique), il a travaille a Milan, Rome, Ferrare et Conde-sur-l'Escaut. Son Ave Maria... virgo serena (1485) est un sommet de l'art de l'imitation : chaque voix entre sur le meme theme, a des intervalles de temps differents, creant une texture d'une richesse inouie. Son Miserere mei, Deus, sur le Psaume 51, est l'une des oeuvres les plus poignantes de la musique vocale occidentale.
Lassus, Byrd et Tallis : trois géants complémentaires
Roland de Lassus (1532-1594), ne a Mons et installe a Munich, est le compositeur le plus prolifique de la Renaissance avec plus de 2000 oeuvres. Maitre absolu de tous les styles - sacre et profane, latin, francais, italien, allemand -, il possede un don unique pour adapter son ecriture au caractere de chaque texte. Ses Lamentations de Jeremie et ses Psaumes de la penitence comptent parmi les pages les plus expressives du repertoire Renaissance. L'etude du repertoire de Bach permet de mesurer l'influence de ces maitres franco-flamands sur les generations suivantes.
William Byrd (1543-1623) est le grand maitre de la polyphonie anglaise. Catholique convaincu dans une Angleterre devenue anglicane, il a compose aussi bien pour la liturgie romaine (ses trois messes a trois, quatre et cinq voix) que pour l'Eglise d'Angleterre (ses anthems et services). Ses messes, destinees a des celebrations clandestines, possedent une intensite particuliere. Son Ave verum corpus, a quatre voix, est d'une beaute contemplative qui rivalise avec celui de Mozart.
Thomas Tallis (vers 1505-1585), predecesseur et collegue de Byrd, est surtout connu pour son extraordinaire Spem in alium, motet a quarante voix reparties en huit choeurs de cinq voix chacun. Cette oeuvre monumentale, qui dure environ dix minutes, est un exploit d'ecriture unique dans l'histoire de la musique. Ses hymnes et ses repons a quatre et cinq voix, plus accessibles, constituent un excellent point d'entree dans la polyphonie anglaise. Les partitions chorales gratuites disponibles en ligne incluent plusieurs de ces pieces du domaine public.
Comment aborder la polyphonie Renaissance en chorale
La polyphonie Renaissance pose des defis specifiques qui la distinguent du repertoire tonal des XVIIIe et XIXe siecles. Voici les trois points essentiels a maitriser.
La prononciation du latin Renaissance
Le latin chante en chorale suit generalement la prononciation italianisee codifiee au debut du XXe siecle. Les principales conventions : le "c" devant "e" ou "i" se prononce "tch" (caelum = tchelum), le "gn" se prononce comme en francais (agnus = agnous), le "j" se prononce "y" (Jesu = Yezou), le "ae" et le "oe" se prononcent "e" ouvert. Un bon echauffement vocal inclut des exercices de diction sur ces phonemes specifiques.
Certains chefs prefèrent une prononciation regionale : latin a la francaise pour les oeuvres de Josquin ou Lassus, latin a l'anglaise pour Byrd et Tallis, latin a l'espagnole pour Victoria. Cette approche historiquement informee gagne du terrain, mais la prononciation italianisee reste la norme dans la plupart des chorales.
L'intonation et le temperament
La polyphonie Renaissance a ete concue pour le temperament naturel, ou les tierces et les quintes sont pures (non temperees). En pratique, cela signifie que les choristes doivent ajuster intuitivement la hauteur de certaines notes pour obtenir des accords parfaitement resonants. Les tierces majeures, notamment, doivent etre chantees legerement plus basses que sur un piano accorde en temperament egal.
Ce travail d'intonation demande une ecoute collective fine. Un exercice efficace consiste a tenir un accord majeur a quatre voix pendant trente secondes en cherchant le point de resonance ou les harmoniques fusionnent. Les choristes qui maitrisent l'ecoute harmonique collective developpent naturellement cette sensibilite.
Le phrase et la respiration
La musique Renaissance n'a pas de barres de mesure regulieres. Le rythme suit les accents du texte, ce qui donne a chaque voix un phrasé libre et souple. Les choristes doivent respirer aux endroits logiques du texte, pas tous en meme temps. Cette technique du "souffle decale" (ou respiration en relais) permet de maintenir la continuite sonore d'une voix meme quand un chanteur reprend son souffle.
Le chef de choeur joue un role essentiel dans la gestion du phrase. Il doit indiquer les departs de chaque voix, maintenir un tempo stable mais souple, et guider les cadences. Diriger la polyphonie Renaissance est l'un des exercices les plus formateurs pour un chef de choeur, car il oblige a entendre simultanement toutes les voix et a les equilibrer en temps reel.
10 oeuvres Renaissance accessibles pour une chorale intermediaire
Voici une selection de dix pieces classees par difficulte croissante. Toutes sont a cappella, en SATB (sauf mention contraire), et durent entre trois et huit minutes.

1. Ave Maria - Victoria (SATB, 3 min). La priere mariale dans un ecrin polyphonique d'une simplicite parfaite. Les entrees en imitation sont claires, les tessitures confortables. Point d'entree ideal pour un premier contact avec la Renaissance.
2. O Magnum Mysterium - Victoria (SATB, 5 min). Du recueillement initial a l'Alleluia final, un arc emotionnel complet dans un cadre polyphonique maitrise. Les contrastes dynamiques sont le principal defi.
Oeuvres d'imitation et contrepoint accessible
3. Sicut Cervus - Palestrina (SATB, 4 min). L'imitation canonique a l'etat pur. Chaque voix chante la meme melodie en entrant decalee. L'exercice parfait pour developper l'independance des pupitres.
Polyphonie anglaise et contrepoint strict
4. Ave verum corpus - Byrd (SATB, 4 min). Harmonies contemplatives, lignes vocales fluides, un petit bijou de la polyphonie anglaise. La justesse des accords tenus est la difficulte principale.
5. If ye love me - Tallis (SATB, 3 min). Un anthem anglais d'une clarte limpide. L'ecriture est principalement homophonique, avec quelques passages en imitation. Excellent pour travailler la diction du latin anglais.
6. O Nata Lux - Tallis (SATTB, 3 min). Cinq voix dans un espace sonore etroit, avec des fausses relations typiquement anglaises. Une piece envoûtante qui demande une intonation precise.
Motets eucharistiques et maintenance du tempo
7. Ego sum panis vivus - Palestrina (SATB, 4 min). Motet eucharistique en imitation stricte. Les entrees sont regulieres et previsibles, ce qui facilite l'apprentissage. Bon exercice de maintien du tempo sans barre de mesure.
Oeuvres avancées pour choeurs expérimentés
8. O vos omnes - Victoria (SATB, 4 min). Le texte des Lamentations (Vous tous qui passez par le chemin, regardez s'il est une douleur semblable a la mienne) inspire une musique d'une intensite dramatique rare. Les choristes decouvrent ici la puissance expressive de Victoria.
9. Ave Maria... virgo serena - Josquin (SATB, 6 min). Le chef-d'oeuvre de Josquin, qui alterne imitation canonique, duos, trios et tutti dans un deploiement progressif d'une maitrise stupéfiante. Plus long et plus complexe que les pieces precedentes.
10. Super flumina Babylonis - Palestrina (SATTB, 7 min). Le Psaume 137 (Au bord des fleuves de Babylone) dans une mise en musique poignante a cinq voix. Les chromatismes sur "flevimus" (nous avons pleure) sont parmi les moments les plus expressifs de tout Palestrina.
Explorer le catalogue et prolonger la découverte
La page compositeurs du site vous permettra d'explorer le catalogue de chacun de ces maitres et de trouver d'autres pieces adaptees a votre niveau.
Programmer un concert Renaissance
Un concert entierement consacre a la polyphonie Renaissance est un projet ambitieux mais gratifiant. Voici quelques pistes pour le construire.
La duree ideale se situe entre soixante et soixante-quinze minutes, sans entracte. La polyphonie a cappella demande une ecoute attentive du public, et la fatigue auditive s'installe au-dela d'une heure et quart. Prevoyez un programme de huit a douze pieces, en variant les effectifs (quatre, cinq, six voix), les tempos, les tonalites et les humeurs.
Deux approches de programmation fonctionnent bien. La premiere est monographique : un concert entier consacre a un seul compositeur. Un programme "Tout Palestrina" ou "Tout Victoria" permet au public de penetrer en profondeur dans un univers stylistique. La seconde est thematique : regrouper des oeuvres de plusieurs compositeurs autour d'un texte commun (le Magnificat chez Palestrina, Victoria, Lassus et Byrd) ou d'un temps liturgique (l'Avent, la Semaine sainte, Noel). Si vous envisagez un programme de Noel, plusieurs motets Renaissance figurent parmi les incontournables du repertoire de l'Avent.
Lieu, disposition du choeur et préparation
Le lieu du concert est determinant. La polyphonie Renaissance sonne mieux dans un espace avec une acoustique reverberante : eglise, chapelle, cloître. La reverberation naturelle enrichit les harmoniques et prolonge les cadences. Evitez les salles seches (gymnases, salles polyvalentes) qui aplatissent les sonorités. Les conseils pour organiser un concert de chorale vous aideront a gerer les aspects logistiques.
La disposition du choeur merite une attention particuliere. La polyphonie Renaissance gagne a etre chantee en formation circulaire ou en demi-cercle, les voix melangees (soprano a cote d'un tenor, alto a cote d'une basse) plutot que regroupees par pupitre. Cette disposition, historiquement attestee, favorise l'ecoute mutuelle et renforce l'equilibre sonore. Elle demande cependant des choristes autonomes, capables de tenir leur partie sans le soutien de leur pupitre.
Temps de préparation et mise en espace
Un dernier conseil : ne sous-estimez pas le temps de preparation. Comptez trois a quatre mois de repetitions pour un programme Renaissance d'une heure. Les premieres semaines servent a installer la justesse d'ensemble et la prononciation du latin. Les semaines suivantes affinent le phrasé et les dynamiques. Les dernieres repetitions se concentrent sur l'enchainement des pieces et la mise en espace dans le lieu du concert. La lecture a vue est une competence particulierement utile dans ce repertoire, ou les parties individuelles sont souvent simples mais doivent s'imbriquer avec precision.
Palestrina et Victoria, a cinq siecles de distance, continuent d'emerveiller les choristes et les auditeurs. Leur musique, depourvue de tout artifice instrumental, ramene le chant choral a son essence : des voix humaines qui s'unissent pour creer quelque chose de plus grand que la somme de leurs parties. Que vous soyez un choeur debutant abordant votre premier Ave Maria de Victoria ou un ensemble confirme s'attaquant a l'Officium Defunctorum, la polyphonie Renaissance vous offrira une experience musicale d'une profondeur et d'une beaute sans equivalent.